L’inexorable réalité du réchauffement climatique en Occitanie

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Température journalière minimale extrême de 1946 à 2017

 

TOULOUSE

 

MONTPELLIER

Chacun de ces deux graphiques à bandes (ou «strip plot») permettent de visualiser plus de 12000 points de l’historique des mesures de températures de Toulouse et de Montpellier depuis 1947. Chaque petit rectangle correspond à un jour, chaque ligne correspond à une année et chaque changement de couleur correspond à une évolution de la température de 1°C.

 

Evolution du taux de CO2 dans l’atmosphère en parties par million (ppm)

 

En 1979, Haroun Tazieff (célèbre scientifique vulcanologue) déclarait lors d’une émission de télévision que notre production de CO2 allait produire un effet de serre et élever la température de 2 ou 3 degrés avec pour conséquence de faire fondre les glaces des pôles et de noyer les villes côtières. «C’est du Baratin» lui rétorqua le commandant Cousteau qui participait à l’émission.

En 1988, Le Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) est créé pour fournir des études sur les changements climatiques et leurs répercussions potentielles.

En 1992, le sommet de la terre de Rio réunissant 110 chefs d’état s’est conclu par la signature d’une déclaration qui fixe des lignes d’action non contraignantes, visant à assurer une meilleure gestion de la planète.

En 2002, lors du IVe sommet de la terre, le président français Jacques Chirac déclarait « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

En 2015 à Paris, 196 pays signent des accords non contraignants qui prévoient de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et si possible de viser à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ».

En 2017, les états unis se retirent des accords de Paris.

En 2018 aucun pays n’est aligné sur les objectifs fixés. La France s’est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 40% d’ici 2030 et de 75% d’ici 2050. Et pourtant elle continue à en émettre toujours plus. En 2017, la France a émis 1,7% de plus de CO2 qu’en 2016.

Les émissions de gaz à effet de serre ont déjà provoqué un réchauffement globale de 1°C par rapport à la période pré-industrielle et le GIEC annonce que nous atteindrons +1,5°C entre 2030 et 2050. Pour limiter la température à +1,5°C, l’humanité devrait réduire d’urgence sa production de CO2 de 45% (par rapport à 2010) à l’horizon 2030. Dans une dizaine d’année tout au plus !

Depuis 600 000 ans le climat de la terre alterne entre des périodes glacières de 80000 ans et des périodes interglaciaires de 20 000 ans. Nous sommes dans une période interglaciaire depuis 12000 ans et la prochaine période glaciaire pourrait donc se produire dans moins de 10000 ans mais c’est sans compter sur l’homme et son impact sur son environnement. Pendant les périodes glacières, la température est seulement inférieure de 5°C à celle d’aujourd’hui et le niveau des océans est 120 mètres en dessous de celui des périodes interglaciaires. Les terres de l’actuelle Occitanie et le golfe du Lion sont alors une steppe comme celle que l’on trouve en Sibérie aujourd’hui. Les montagnes des Pyrénées et du massif central sont couvertes de glaciers. C’est lors de la fin de la dernière glaciation que nos ancêtres directs ont réalisé les peintures rupestres que nous admirons aujourd’hui dans les grottes du sud-ouest de la France.
Le taux de CO2 ne cesse de croître. A ce rythme effréné, l’atmosphère pourrait contenir 900 ppm de CO2 en 2100 et bien plus encore au-delà de cette date si toutes les énergies fossiles disponibles sont brûlées. Il faut remonter à 250 millions d’années en arrière pour retrouver des niveaux aussi élevés. A cette époque le soleil brillait moins qu’aujourd’hui et les températures étaient supérieures de 10 °C par rapport à aujourd’hui.
L’excès de CO2 vient donc renforcer le réchauffement interglaciaire et entraine le climat dans une direction inédite avec des risques d’emballement thermique. Partout dans le monde, une fonte accélérée des glaces provoque une montée rapide des eaux. Les études du GIEC estiment que le niveau des océans pourrait grimper de 50 cm à 1 mètre d’ici 2100 suivant les différents scénarios. Avec un réchauffement durable de quelques degrés, les glaces du Groenland et de l’antarctique pourraient fondre à terme et l’élévation du niveau marin pourrait atteindre plus de 60 mètres à une date que les scientifiques ne savent pas évaluer avec précision mais probablement dans quelques milliers d’années tout au plus.

 

période interglaciaire
niveau marin ≈ niveau actuel pendant ≈ 20 000 ans

 

 

période glaciaire
niveau marin ≈ -100 metres pendant ≈ 80 000 ans

 

 

Réchauffement climatique  majeur entrainant la fonte des glaces de l’Antartique et du Groeland
Niveau marin ≈ +50 mètres

 

 

Le climat change régulièrement, alors pourquoi se faire peur pour quelques degrés de plus ou de mois ? Parce que ce réchauffement est extrêmement brutale et que les 7 milliards d’humains (et bientôt 11 milliards en 2100) n’auront pas le temps de s’adapter à la montée des eaux, à l’augmentation de l’intensité des phénomènes climatiques extrêmes, à la désertification, aux modifications des écosystèmes locaux, à l’extinction des espèces animales et à tous les effets délétères en cascade que ce réchauffement commence déjà à produire. Les sources de conflits et de guerre ne devraient pas manquer non plus.

Avec 2°C de réchauffement, c’est la catastrophe et au-delà c’est le chaos! Une augmentation de 5°C d’ici 2100 fait partie des scénarios d’évolution possibles qui sont étudiés.

Que l’on soit optimiste ou pessimiste de nature, nous devrions tous ressentir un sentiment d’urgence pour combattre les flammes de notre maison qui brûle ! Et pourtant nous ne réagissons pas ou peu malgré les alertes régulières des scientifiques et le constat des premiers effets du réchauffement climatique. Nous ne percevons peut être pas encore nettement les flammes et la propagation de l’incendie nous semble bien lente à l’échelle d’une vie. Nous restons dans le déni, prêt à sacrifier l’avenir de nos enfants, de notre espèce pour satisfaire des besoins qui paraîtront bien futiles, égoïstes voir criminels à l’échelle de l’histoire.

Nous espérons d’hypothétiques solutions plus ou moins indolores qui nous permettrait de réduire notre production de gaz à effet de serre tout en maintenant et développant nos modes de vie actuelle. Mais ces solutions n’existent pas encore et nous devons agir aujourd’hui.
En Octobre 2018, les experts du GIEC nous annoncent l’urgence absolue de réduire nos émissions de CO2 de 45% d’ici 2030 et au même moment les experts de l’Association internationale du transport aérien (IATA) nous annoncent que le trafic aérien a doublé depuis quinze ans et nous prédisent qu’il devrait encore doubler d’ici à 2036.
La région Occitanie veut devenir la 1ère région à énergie positive d’Europe tout en soutenant le développement son industrie aéronautique pourvoyeuse de richesses. Les avions génèrent aujourd’hui 3,2 % des émissions mondiales de CO2 liées aux combustibles fossiles dans le secteur des transports. Tous les avions qui voleront en 2036 sont déjà en exploitation ou seront construits sur la base d’une technologie fondamentalement proche de celle d’aujourd’hui. Même si la part de l’aviation est faible relativement aux autres modes de transport, peut-on accepter qu’elle double en quinze dans ce contexte?
Revenir à beaucoup plus de sobriété énergétique individuellement et collectivement semble être la première solution immédiate qui s’impose.
Réinventer nos modes de vie pour vivre en meilleur harmonie avec notre terre pourrait être un projet collectif motivant mais à partir de quel seuil de CO2 le déclic se produira-t-il?

La NOAA (National Oceanic and Atmosphéric Administration -USA) fournit les historiques des mesures journalières de température et de pluviométrie de plusieurs centaines de stations dans le monde. Les mesures peuvent remonter à plus d’un siècle. Les graphiques réalisés à partir de ces données brutes montrent comment les valeurs ont évolué pour trois des principales villes de la région Occitanie sur une soixante d’années. Bien que l’évolution des minima et des maxima soit significative, c’est l’augmentation du nombre de jours de forte chaleur et la diminution du nombre de journées de gel qui sont les plus perceptibles à l’échelle de quelques décennies. La baisse sensible des précipitations crée un stress hydrique déjà constaté et la région pourrait manquer d’eau d’ici 2030.
La réalité du changement climatique est bien là.

 

TOULOUSE-BLAGNAC – relevés météo 1958 – 2017

MONTPELLIER  – relevés météo 1958 – 2017

PERPIGNAN – relevés météo 1958 – 2017

Tous les graphiques ont été réalisés à partir de données ouvertes.

2 Réponses

  1. OLIVIER ISabelle

    Article très intéressant et factual qui nous alerte sur les dangers de notre mode de vie actuel. Merci pour cette analyse précise qui nous met face aux réalités… Cela donne envie de bouger individuellement…
    Pour moi qui travaille dans l’aéronautique, bien sûr, ce n’est pas si simple de choisir entre business/emplois et réalité climatique… A réfléchir, en tout cas il est urgent de developer un avion vert… Pas sûr malheureusement que le projet soit retenu comme prioritaire…?

  2. Article très intéressant, clair et qui présente en qqs graphiques des faits précis et irréfutables.
    Difficile de ne pas réagir quand on lit cela…

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